Regards croisés.
Le régime AE est-il encore une opportunité ?


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Le régime AE est-il encore une opportunité Le 3 octobre dernier se tenait le Forum des auto-entrepreneurs au Salon des micro-entreprises. L'occasion de faire le point avec des experts et des auto-entrepreneurs qui ont su tirer profit des opportunités du régime.

Ils ont participé à ce Forum :
Gwenn Houédry : déléguée de la Fédération des auto-entrepreneurs et auto-entrepreneures en services de gestion.
Emmanuelle Puteaux : Formatrice web et réseaux sociaux, ex auto-entrepreneure.
Marine Scattaloni : auto-entrepreneure, coach et traductrice.
Caroline Viphakone : auto-entrepreneure, webdesigner et graphiste.
Xavier Delpech : auteur de « Devenir auto-entrepreneur », maître de conférence en droit privé à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.


 

 

PAE : Pour que le régime reste une opportunité, encore faudrait-il qu'il ait un avenir. Que va-t-il se passer à court et moyen terme ?

Gwenn Houédry :
Le débat sur le projet de loi à l'Assemblée est prévu au mieux pour Janvier 2014. En outre, il est soumis aux conclusions du rapport confié au député Laurent Granguillaume en vue d'harmoniser l'ensemble des régimes d'entreprises individuelles.

 

Xavier Delpech :
Un problème juridique risque de retarder encore cette échéance. Les fameux seuils intermédiaires annoncés par Madame la Ministre Sylvia Pinel ont été sortis du projet de loi pour être fixés ultérieurement par décret. Ce dispositif n'est pas conforme à la Constitution et a donc toutes chances d'être retoqué comme par le Conseil Constitutionnel.

 

Gwenn Houédry :
Pour des questions de distorsion de concurrence discutables et qui ne concernent à la marge que les artisans et le bâtiment, le gouvernement ne va pas casser la dynamique entrepreneuriale d'un régime qui fonctionne bien. Au lieu de pénaliser tous les auto-entrepreneurs, pourquoi ne pas en faire profiter les artisans qui souffrent chroniquement depuis plus de 20 ans avec ou sans concurrence des auto-entrepreneurs ? Il peut donc encore se passer beaucoup de choses car en l'état le projet ne convainc personne.

 

Xavier Delpech :
En tout état de cause, la loi, sous ses contours définitifs, ne rentrera pas en application avant Janvier 2015, ce qui laisse du temps aux acteurs pour profiter du régime sous sa forme actuelle et organiser leur éventuelle évolution.

 


PAE : Quels avantages présente le régime pour vous ?

Gwenn Houédry :
Sa fiscalité avantageuse permet de libérer l'initiative individuelle en limitant le risque économique au démarrage. En résumé : pas de CA, pas de cotisations à payer. Au régime réel, vous avez au moins 1600€ de charges à verser par an, même sans CA.

 

Emmanuelle Puteaux :
Je suis d'accord avec Gwenn, personnellement, sans le régime, je n'aurais pas osé me lancer. Cela m'a permis de tester mon projet sans faire de business plan poussé en amont. C'est la réalité concrète de la commercialisation qui valide ou non le modèle économique. L'avantage en auto-entrepreneur, c'est d'être totalement indépendant et avec un minimum de charges donc libre de chercher, d'innover et d'évoluer rapidement. En temps que formatrice, j'ai tout de suite développé une clientèle, mais en me projetant sur ce que je voulais gagner dans 2 ou 3 ans, je me suis rendu compte que je devais faire évoluer mon offre. D'où l'idée de passer des modules individuels aux séminaires de groupes, à la fois plus accessibles pour les clients, tout en rentabilisant beaucoup plus mon temps de travail.

 


astuceLe conseil d'Emmanuelle Puteaux à tous ceux qui se lancent : ne vous braquez pas sur votre première idée d'activité si elle ne prend pas. Faites évoluer votre offre jusqu'à atteindre un modèle économique satisfaisant et qui assure la pérennité de votre activité.

Caroline Viphakone :

Pour ma part, ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que le régime est accessible par tous. J'étais étudiante quand j'ai commencé mon activité de designer de site. Je gagnais sur les deux tableaux : mes études m'apportaient des qualifications que je mettais aussitôt en pratique dans mon activité, et mon activité me procurait des revenus qui me permettaient de financer mes études. De plus, on peut cumuler le régime et un statut de salarié ou de demandeur d'emploi. Dans tous les cas, cela nous met dans les meilleures conditions pour tester un projet d'entreprise et lancer une activité en minimisant les risques.

astuceLe conseil de Caroline Viphakone : même si c'est facile de se lancer, informez-vous sur les aides qui sont offertes. En voulant aller vite je n'ai pas profité du dispositif Accre qui permet une exonération partielle et progressive pendant les trois premières années de l'entreprise, de l'ensemble des charges sociales. En tant qu'étudiante, âgée de moins de 26 ans je pouvais y prétendre.

PAE : Dites-vous à vos clients que vous êtes auto-entrepreneurs ? Considérez-vous cela comme un frein ou comme un argument dans vos relations commerciales ?

Emmanuelle Puteaux :
Cela peut être un argument pour les artisans auprès du grand public. Mais sur le marché des entreprises, on perçoit plutôt des sous-entendus négatifs quand la question est posée : doute sur la pérennité, sur le professionnalisme du dirigeant. Les arguments repris par la presse sur la distorsion de concurrence, l'affranchissement de TVA nuisent à l'image du régime. Certains donneurs d'ordre hésitent à faire entrer des auto-entrepreneurs dans leur appel d'offres. Pour eux, c'est mieux que le travail illégal, mais ne représente pas une société à part entière.

 

Marine Scattaloni :
Je ne sais pas si le statut est crédible, personnellement, je ne le revendique pas dans ma prospection. Mais je suis certaine qu'en auto-entrepreneur, tout est possible. Je ne démarche que des grandes administrations et j'ai décroché ainsi un gros contrat avec le Ministère de l'Intérieur sans que cette question constitue un frein en quoi que ce soit.

 

Gwenn Houédry :
Je partage l'avis de Marine, pour ma part, je travaille avec les CCI des Côtes d'Armor et c'est la compétence qui prime.

 

 

PAE : Quelles sont selon vous les limites du régime ? Qu'est ce qui vous incite à envisager de créer une entreprise classique ?

Caroline Viphakone :
On peut être limité dans son développement dans la mesure où on ne peut pas sous-traiter. Lorsque je prends un projet important qui nécessite des développements informatiques plus poussés que je ne peux pas faire, je dois expliquer à mon client qu'il recevra deux factures : la mienne et celle d'un prestataire que j'aurais choisi pour cette partie de la mission.

 

Gwenn Houédry :
Je suis confrontée au même problème que Caroline. J'interviens pour mes clients sur des missions de gestion de projets, mais je pourrais étendre ma gamme à d'autres sujets qu'ils me soumettent naturellement : communication, RP, etc. Or aujourd'hui, si je sous-traite pour garder la gestion du poste client, c'est moi qui paierai les charges sur la totalité du CA, y compris sur ce que j'aurais acheté à des prestataires spécialistes, puisque dans le régime micro-social simplifié on ne peut pas déduire ses achats et que l'impôt s'applique sur le CA et non sur le bénéfice, déduction faite des achats.

 

Emmanuelle Puteaux :
Je vois une autre limite liée à la simplicité du régime. Dans les affaires courantes, on voit l'argent qui rentre et on ne prend pas le temps de faire la part des choses entre CA et bénéfice, de raisonner sur nos charges réelles, autres que fiscales ou sociales. C'est important pour la suite de pouvoir évaluer précisément nos achats, les frais liés à l'activité (matériels, frais de transport, de représentation, etc.). En raisonnant tout de suite en termes de bénéfice, je voulais me mettre en situation de piloter une entreprise. En épargnant, j'ai anticipé les charges que j'aurais à payer en passant au régime réel. Si bien que lorsque j'ai changé de statut je savais tenir un compte d'exploitation et intégrer les nouvelles règles de gestion.

 

astuceLe conseil d'Emmanuelle Puteaux à ceux qui envisagent de quitter le régime pour évoluer vers un statut d'entreprise classique :
N'hésitez pas à vous renseigner auprès des caisses RSI, Ursaff ou de l'APCE, des syndicats d'auto-entrepreneurs (FEDEAE, UAE) sont là pour évaluer toutes les conséquences d'un changement de statut.

 

 

Ce qu'il faut retenir :
Pour tester un projet de création d'entreprise, le régime auto-entrepreneur est l'opportunité à saisir. Il permet toute la souplesse nécessaire pour ajuster, améliorer son offre et mieux cibler sa clientèle.

Le projet de loi entrera en vigueur en 2015 et ne freinera pas cette possibilité de tester son activité.

Votre potentiel de client est le meilleur indicateur pour déterminer si vous avez intérêt à quitter le régime et trouver dans un autre statut (EI, EURL...) la meilleure opportunité pour développer votre activité. Sachez anticiper ce passage dans votre gestion.




Et aussi :
> Passer du régime auto-entrepreneur à l'entreprise individuelle classique.
> De l'auto-entrepreneur à l'entreprise, quel statut choisir ?




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